MOULIN A EAU

L’existence du moulin à eau est attestée, peu avant l’ère chrétienne, en Syrie. Sa roue à palettes, en position horizontale dans le courant qui l’entraîne, est surmontée d’un axe vertical. Ce dernier, soumis à un mouvement de rotation, traverse une meule inférieure gisante et fait tourner la meule supérieure dont il est solidaire. Les Romains devaient adopter un moulin à eau dont le mécanisme, décrit par Vitruve, est tout différent: la roue hydraulique, disposée verticalement, tourne sur un arbre horizontal portant une roue à chevilles. Celles-ci, perpendiculaires au plan de la roue, s’engrènent sur la lanterne d’un axe vertical actionnant la meule extérieure. Le moulin hydraulique aurait été connu en Chine dès le Ve siècle.

Alimenté par aqueduc, le moulin prend une forme insolite au VIe siècle. Les Ostrogoths assiègent Rome et coupent l’eau pour affamer la ville. Bélisaire fait alors construire sur bateaux des moulins flottants dont les roues sont entraînées par le courant du Tibre.

Primitivement destiné au broyage du grain, le moulin à eau va connaître d’innombrables applications: broyage du malt, du pastel, des écorces (tan), des olives, des graines de moutarde ou d’œillette. Une innovation plus importante encore apparaît au XIe siècle. On connaissait, depuis Héron d’Alexandrie, l’emploi des cames pour transmettre le mouvement. Équipé  de ce dispositif, l’arbre horizontal de la roue hydraulique transforme celle-ci en un véritable moteur industriel, le seul en usage jusqu’à l’invention de la machine à vapeur.

On signale d’abord, vers 1050, les premiers moulins à foulon. L’arbre de la roue hydraulique tourne devant une batterie de maillets, placés en position de bascule au-dessus des cuves à drap. Frappé par une came, le manche d’un maillet s’abaisse tandis que la masse est relevée; puis cette dernière, après passage de la came, retombe de tout son poids sur l’étoffe. Des moulins à chanvre fonctionneront sur le même principe à la fin du XIIe siècle. La roue hydraulique entraîne ensuite, au XIIIe siècle, des marteaux de forge. Une étape plus décisive marque, cependant, l’évolution du moulin à fer: la roue hydraulique est appliquée, au XIVe siècle, à la soufflerie, le plat supérieur du soufflet étant rabattu par une came. Ce procédé révolutionnaire permet l’essor de la métallurgie, la soufflerie mécanique ayant une grande puissance de feu. Désormais, on peut agrandir le four, qui devient un haut fourneau où le minerai de fer, totalement grillé, se transforme en fonte, ce "fer fondu" que l’on n’était pas encore parvenu à produire. La roue hydraulique actionnera, finalement, tout le gros outillage du métallurgiste: machines à forer les canons, laminoir, tréfilerie, fenderie.

La roue hydraulique est aussi le moteur du moulin à papier, de la scie mécanique, de la remonte dans les mines, de la pompe aspirante. Effectivement jusqu’à l’invention de la machine de Watt, l’industrie tout entière est mue par la roue du moulin à eau.

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